Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 09:30

Manque une pièce au puzzle

Un mot, un geste

Ton regard d’épagneul

Ou ce qu’il en reste

Pour faire le deuil

De tout ce que tu détestes

Chasser le mauvais œil…

 

Suffirait de franchir le seuil  

D’un pas leste

De quitter ce fauteuil

Où tu vas de sieste en sieste

D’une rose que l’on cueille

Et qu’on accroche à sa veste

Pour enfin changer de gueule...

 

Ne plus finir seul

Lâcher un peu de lest

Faner les glaïeuls

D’un bouquet modeste

Dormir sous les tilleuls

Fuir comme la peste

Ceux qui t’en veulent.

Suffirait simplement d’un zeste…

D’orgueil.

Par jonavin - Publié dans : Le coeur des hommes
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Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 18:00

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I’m on’h’ ist your hood, mama mm

I’m bound to check your oil

I got a woman that I’m lovin’

Way down in Arkansas*

 

Le blues lui revient en mémoire. Poppy l’aime bien ce morceau. Combien de fois l’a-t-il miaulé dans les juke-joints de Clarksdale ? Il ne saurait le dire. Mmm, mais ce soir, le souvenir de Thelma est là, qui le hante. C’est le souvenir d’un oiseau au sourire fracassé par la charogne des planteurs qui l’ont tant de fois possédée. Une mulâtre à la peau sure, à l’odeur de miel qui assainit les plaies. Il se rappelle l’avoir séduite sur le capot d’une Terraplane d’avant-guerre. Un pick-up couleur sang. Comme celui de Thelma, morte en couches avec le bébé un jeudi de novembre 1934. Alors, il avait soufflé fort dans son harmonica pour apaiser le crossroad. Et de son mojo, brûlé tous les os noirs où danse encore le cœur du diable. Mais ça n’avait pas suffit. Forcément. Ça n’avait pas suffit pour noyer l’hydromel de ses yeux envenimés. Le cadavre des abeilles dans les larmes tueuses.

Il a d’abord fui au fond des marécages. Pour oublier. Comme étranglé par les mousses espagnoles dont les doigts sorciers semblaient le pendre aux cyprès. Dans les ténèbres, il a porté le deuil avec les alligators et les crapauds-buffles. Mangé cet éclat de lune qui lui vidait les yeux. Là où les arbres flottent, Poppy a senti le vent coasser, accordant le dobro du ciel aux eaux rouille et marécageuses d’un whisky bu à la bouteille. Aux grincements métalliques, il a mimé le bottleneck de sa peur et pactisé avec le démon pour ne plus entendre les gargouilles qui singeaient son rire démentiel. Et puis allumé la brûlerie de son corps que l’automne passait au minium. Semaine après semaine. Jour après jour. Heure après heure.

Si la nuit cloutait des harfangs pour lui vendre une étrange lumière, il chantait comme un refrain : « I even flash my lights, mama ». L’harmonica pleurait aux murmures des étoiles. Dans les bruissements de pins rouges que l’aube baignait en lueurs vaudou. Pour l’interdire de dormir. Mais l’ombre de Thelma n’avait jamais vraiment disparue. Alors il avait quitté le bayou et le Mississippi. Destination l’inconnu. Au hasard des bouges crasseux et des picnics pour jouer les mêmes work-songs de Charly Patton. Forcément. Parfois il chuchotait son blues, parfois il l’haletait. Gonflant les veines, se mordant les joues pour étouffer les derniers sanglots de sa gorge sèche. Mais la petite veillait, hein. Comme au premier jour. Vingt ans après, la Terraplane roule encore. Il a vérifié son niveau d’huile. Ivre, Poppy zigzague à travers le désert. Les seize ans de Thelma lui soufflent toujours une chienne de mort. Comme cette guimbarde, cahotante, où chaque mile saigne leur jeunesse cotonière de Greenwood.

…And I feel so lonesome

Your hear me when I moan ?...**

Il sourit. Big Mama Smith dit toujours que le piano de ses dents ne connait pas l’art mineur. Que seul l’ivoire insuffle l’écume du delta à ses lèvres, muées par les forges de l’enfer. D’abord sourde, la plainte monte de sa bouche en quête de la maudite note capable d’apaiser le feu. Elle pénètre la puissance du souffle pour ensuite écorcher ses longs doigts autour du chrome qui bientôt s’enflamme. Poppy a cette façon déchirante de frotter les anches métalliques ; un timbre rauque avec le cross harp du diable quand il ricane dans les trous aspirés. Comme si la douleur, soudain sonore, enfantait le désordre de l’âme. Forcément.

Et Big Mama Smith savait l’écouter. Et Thelma aussi quand il jouait le blues avec le reflet de son âme…

* Je vais soulever ton capot, chérie

   Je vais vérifier ton niveau d'huile

   Il y a une femme que j'aime là-bas en Arkansas

 

**Je me sens si seul, tu m'entends quand je gémis?

Par jonavin
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Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 18:00

Yeux dans les poches

Lourdes valises

Mes rires sont moches

Ma voix déguise.

Franchir mes rides

Mourir au front

Désert aride

Pauvre hérisson.

 

A vue de nez

Mes joues se creusent

Au grand canyon

Les Trois Glorieuses.

A trop vieillir

Ma peau se lâche

S'il faut partir

Sans les attaches.

 

Je pars

Je pars

 

Menton fuyant

Et lèvres bleues

Doucement

Je pars

Je pars.

Par jonavin - Publié dans : Les forcenés
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Lundi 19 mars 2012 1 19 /03 /Mars /2012 16:20

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J'ai vu le diable dans mon berceau, sous forme d'une boule électrique qui jetait des flammes et des étincelles crépitantes...

Un jour de baptême de feu. Un jour où je n'étais qu'une simple allumette. Un jour de frictions. Déjà mon coeur d'enfant brûlait! Comme plus tard les samovars de thé, les wagons-lits à travers les steppes russes. Dans ces moignons d'ailes d'oiseaux marcheurs, homme foudroyé avec les gitans et les roulottes calcinées des bords de route, j'ai brûlé tout ce qui pouvait vivre encore. Noël au tison, Pâques à New-York, voilà feu mes vagabondages. J'ai tant marché qu'il me reste aujourd'hui, à peine de quoi les ressusciter. Commis et vendeur de pacotille, j'ai brûlé des cadavres de lune roussies. Des nuits brûle-gueule, atomiseurs de baleine, des cercueils à Novgorod, des Mercure de France dans un hôtel à Pékin. J'ai grillé mes pas aux frottoirs des soufre-douleurs. Avec Charlie Chaplin brûlant les planches. Modigliani, Picasso, tous mes amis secourables, brûlés chez les usuriers ou dans les fumées crématoires de la Butte. Les cendres du passé, escarbilles volantes, sont les fragments de ma mémoire. Un long poème. Une gare enneigée, un moujik sur son chariot. Et je suis là, près de toi, vieux, pour les voir soudain renaître. Comme s'il fallait incendier de façon lumineuse! Consummer la vie...

Amputé du plaisir d'écrire, il me reste celui de courir les chemins. J'en mets ce soir, ma main au feu: quand tu aimes, il faut partir. Il y a l'air, il y a le vent. Les montagnes, l'eau, le ciel et la terre. Les enfants, les animaux,. Les plantes et les charbons de terre. Aimer, c'est voyager au-delà du rêve. Prendre un paquebot, disparaître, prendre son temps, revenir.

Je suis un bourlingueur. Ma vie te va comme un gant. Cette vie que j'ai mené d'un train d'enfer, je te la souffle! Et si pour te la raconter, je dois m'épuiser en souvenirs, je te dirai comment tracasser le feu. Les fourgons de tête, mes bagages d'aventure, la fournaise des grands voyages. Avant que tout ne déraille, je te dirai comment se quitter, les brandons de la discorde, les cendres du foyer, dispersées, les bois morts! Ce soir, je me relie à ton tender. Ce soir, je suis le pique-feu de tes envies, les mouchettes qui me feront tenir la chandelle. Je te regarderai brûler le temps d'un mégot. Le temps d'une révolution. Laisse-moi me perdre dans tes yeux de braise et te conter la richesse de mes misères.

J'ai vu - J'ai vu les trains silencieux, les trains noirs qui revenaient de l'Extrême-Orient et qui passaient en fantômes - Et mon oeil, comme le fanal d'arrière, court encore derrière ces trains. J'en ai vu des manchots de l'âme, des boucanés de salons fuir les intempéries, les années, le soleil. Il n'est pire marin que celui qui assassine la mer. Ses traversées intérieures. J'ai vu des nuits sans étoiles. Des toiles sans océans et des vagues qui sifflaient...

 

Ce soir, je suis le dernier poète...

Par Jonavin - Publié dans : Les forcenés
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 00:00

 

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Pourquoi faire la sourde oreille, papa?

Ce soir, il pleut des cordes mais tu ne les entends pas. C'est un ciel d'averse qui saigne à tous crins. Un ciel d'été, un ciel qui prend l'air. Et je suis là, sifflant mon chagrin quand toi, tu es déjà parti battre le vent. Ce vent, c'est pourtant ta petite gavotte, enjouée, tempérée. Avec des ombres comme les pupitres d'un orchestre. Un souffle, violonnant ton dernier râle sur un coin d'épaule. Si tu savais combien tu me manques. Combien ton absence maquille mes insuffisances, ces visages entendus, cette marche funèbre, absurde. Combien tout me semble futile...

Mais je veille au grain, papa. Je garde le front haut, les yeux tristes. Je vais dans ma solitude avec ta musique à portée de main. Dans un rôle de composition qui ne me convient guère, c'est Schubert qu'on assassine. L'Inachevée de ta vie  dans ses mouvements du coeur. C'est Mozart, une musique de chambre et tous les Requiem trompettés à tue-tête. C'est ton humilité, ta fragilité à la mesure de mon néant. Ton courage dans lequel je puise encore mes dernières forces pour t'accompagner du regard. 

La mort s'accorde aux quintes de ta gorge innondée. Le ciel peut bien  jouer ses gammes maintenant. Dans la pénombre, un clair de lune vaut deux crépuscules mais la voir faire sa ronde, éterniser le temps et les soupirs, c'est aussi l'entendre faire fausse note.

Si ton ancre croche dans un rideau de tempête, apprends-moi le vent du large. Ces bourrasques en sourdine, ces notes piquées comme autant d'archets qui tombent. Apprends-moi le Final, la sarabande de la rue, les néons froids, les trottoirs mouillés, l'horizon en point d'orgue. Apprends-moi l'amour à répétition, la beauté de l'âme, les gestes simples. Car je sais que de là-bas, tu guides enfin mes pas, heureux et fier...

 

Par Jonavin - Publié dans : Le coeur des hommes
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